03 novembre 2008

Orientations budgétaires 2009



Intervention en séance plénière de Philippe CARBIENER

Beaucoup de capital s’est évaporé ces dernières semaines, mais il ne s’agit que de monnaie, une création humaine, politique. Les répercussions peuvent en être très graves, si les politiques ne savent réagir, comme en 1929, où les concepts théoriques du génial Keynes leur manquaient, lui qui a su concevoir le premier les antidotes à l’aveuglement libéral.
Mais au moment où nous parlons, le capital qui s’évapore n’est pas que monétaire. Ainsi de 1982 à 1990 dans notre région, la superficie naturelle a baissé de 0.8 %, celle des zones agricoles de 1% pendant que les secteurs artificiels croissaient de plus de 10%. Aujourd’hui ce sont entre 600 et 1000 hectares de zones non artificielles qui sont détruits chaque année en Alsace.
Ces faillites écologiques et économiques ne sont rien d’autre que le signe d’une faillite idéologique bien plus profonde. Ce constat devrait vous conduire, Monsieur le Président, à un aggiornamento complet, concernant votre vision du monde physique et vivant qui nous entoure ou vos affiliations en matière de politique macroéconomique.



De deux choses l’une, soit les baisses d’impôts prônées par l’UMP sont bonnes et dans ce cas il vous faudrait assumer un budget « 0 valeur », c’est-à-dire un budget en baisse du montant de l’inflation, mais vous le récusez, soit elles sont mauvaises, comme nous le disons depuis toujours car l’histoire économique est têtue, elle vient juste de nous le prouver à nouveau cruellement, et il vous faudrait alors enfin le reconnaître. Vous êtes ainsi contraint aujourd’hui de gérer péniblement la microéconomie régionale dans un contexte où la macroéconomie de vos amis politiques se trouve dans l’impasse.
De façon générale, vos orientations qui veulent constituer une béquille à la politique du Président Sarkozy, conduisent à estropier doublement le contribuable, privé de services publics nationaux et accablé de charges locales. Vous êtes fort marri de voir la branche des finances régionales sur laquelle vous êtes assis s’effondrer alors que vous l’avez sciemment sciée par votre position politique nationale dont le « moins de dépenses publiques » est le pauvre crédo.
C’est aussi le cas flagrant des propositions que vous nous soumettez aujourd’hui et que nous jugeons placées sous le signe du déboussolage budgétaire. C’est en vain que l’on cherche l’exercice de rétrospective et de prospective qu’elles doivent contenir.
Elles demeurent par exemple toujours peu compatibles avec le Grenelle de l’environnement. Ce dernier pourrait pourtant constituer un trésor d’opportunités pour qui sait les saisir, alors que dans notre région, les emplois « verts » sont très peu nombreux.
Comment à contrario pouvez-vous persister à vouloir soutenir de manière indifférenciée tous les modes de production agricole, même ceux chimiques, dits raisonnés, à user des termes creux tels que « sylvicultures environnementales ».
Comment pouvez-vous prétendre « appuyer et fédérer des initiatives » alors que vous venez par exemple de placer les énergies renouvelables sous le boisseau nucléaire avec votre soutien solennel à Fessenheim ?
Ce type d’incohérence est le signe d’une gestion au jour le jour. En témoigne de manière objective la baisse prévue pour les dépenses de formation continue alors que dans le budget de l’an dernier vous vous targuiez d’y mettre l’accent. La formation hors apprentissage était votre priorité brandie en 2007 avec une hausse de 47,5% et soudain un budget pressenti comme non stratégique pour 2009 après une baisse de 9,4 %. Ce n’est là qu’un exemple d’un déficit trop fréquent de vision pluriannuelle.
Alors qu’il est plus important que jamais que la Région assume sa vocation à constituer une plate-forme véritablement opérationnelle de concertation décentralisée sur l’économie, le social et l’environnement, ne voilà-t-il pas que le Gouvernement prévoit de la dissoudre dans les cantons, un échelon parfaitement inapte à cette mission.
Avec uniquement des élus attachés à des territoires de moindre échelle, nous exposerions l’Alsace à un risque de crétinisme cantonal. Je me réfère au « crétinisme municipal », dont on a pu parler au sujet d’élus locaux englués dans le clientélisme et devenu petit à petit incapable de s’élever à des strates d’intérêts supérieurs.
Le mode de scrutin qui serait associé à cette cantonalisation n’a-t-il pas pour seul dessein véritable de tuer la pluralité politique autorisée au niveau régional grâce au mode de scrutin en vigueur ?
Or nous nous situons à un moment même où l’unanimisme, qui a toujours été intrinsèquement néfaste, démontre à nouveau les impasses auquel il nous expose rendant ainsi la timide pluralité de notre assemblée plus précieuse que jamais ?
Ce que nous voulons, nous les élus verts, c’est éviter tout à la fois une sinistre récession et une poursuite de la course à la déréliction et à l’abîme.
C’est pourquoi nous prônons une décroissance prospère. Et ce au niveau régional avec des pistes tout à fait concrètes.
Pourquoi ne pas engager sans attendre une politique de grands travaux écologiques, tel un plan Négawatt régional, qui nécessiterait enfin la création d’une agence régionale de l’énergie, un programme de réhabilitation systématique des nombreuses friches industrielles que recèlent notre Région et un programme réel de restauration d’un Rhin vivant ?
Nous attendons toujours un agenda 21 régional, l’émergence d’une ou deux idées fortes nouvelles pour compenser la faiblesse structurelle de nos pôles de compétitivité, désormais avérée, un plan d’aménagement durable comme la Corse a su s’en doter.
Nous vous soumettons ces quelques pistes car il est absolument nécessaire de prévoir davantage de projets transversaux, véritablement inhérents à la vocation régionale et ainsi aptes à en défendre la pertinence.
De tels projets transversaux nécessitent une vision stratégique marquée. Celle-ci est tout simplement indispensable au maintien d’un cap réaliste dans notre univers de plus en plus mouvant.
Le choc des crises actuelles rend plus crucial que jamais une telle série de révisions positives.
Lorsqu’on est contraint de faire moins, il est d’autant plus important de faire mieux.
Or, dans vos orientations le souci gestionnaire affiché tient lieu de masque à un manque diffus d’inspiration. Nous plaidons pour notre part pour un budget véritablement économe car capable d’anticiper les charges énormes, actuelles et futures, recelées par l’inaction, que ce soit dans le domaine de l’environnement ou de la prospective économique lucide.
Hélas vos projets sont manifestement incapables de susciter une impulsion économique et écologique véritable et se révèleront par là même bien plus coûteux qu’il n’y parait.

Ces orientations sont marquées par le sceau du saupoudrage et augurent d’un budget principalement électoraliste, pour tout dire cantonal avant l’heure.

Aucun commentaire: