20 octobre 2006

La nécessaire mutation du transport aérien


Dans les années 60-70 et encore 80, les maîtres mots en matière de déplacements étaient : ”plus vite, plus loin, plus souvent et moins cher”. Dans ce contexte, le transport aérien était à l’aise comme un poisson dans l’eau, un oiseau dans l’air, faudrait-il dire.

Et bien, c’est terminé !

Nous sommes en train de prendre conscience que cette époque sera bientôt révolue. Je suis convaincu que chacun devra bien admettre la mutation nécessaire dans laquelle nous sommes engagés. Mutation nécessaire du fait à la fois de l’enjeu climatique et de l’enjeu énergétique (le pétrole pas cher c’est fini). Cette mutation, il vaut mieux y travailler dès maintenant, plutôt que d’y être contraint prochainement.

Pour l’avenir, les maîtres mots en matière de déplacement seraient vraisemblablement : ”moins vite, moins loin, moins souvent et plus cher” et l’aérien va devoir s’y adapter. Entre les différents modes de transports, des transferts sont en cours et s’accentueront, notamment au détriment de l’aérien.

On va le voir concrètement avec l’arrivée des TGV en Alsace. L’alternative ferroviaire deviendra particulièrement attractive : c’est une donnée qui est largement sous-estimée par les partisans du développement à tout crin de l’aéroport d’Entzheim.

Je les ai rencontrés à la Commission Transports du Conseil Régional. Autant le dire sans ambages, je suis sidéré par le manque de clairvoyance, d’anticipation, du côté des gestionnaires de l’aéroport. Ceci dit, c’est somme toute normal, puisque leur métier, c’est de développer l’aéroport.

Aussi, je suis convaincu que sur ce dossier particulièrement, on a besoin de débat, de pluralisme, de concertation démocratique ; et surtout pas d’arrogance et d’unilatéralisme : l’affaire est trop sérieuse pour que les citoyens laissent faire les spécialistes !

On a besoin d’un contre-pouvoir associatif énergique. L'Union pour la Fermeture de Nuit de l'Aéroport de Strasbourg-Entzheim (UFNASE) est l'un de ces contre-pouvoirs. Elle remplit cette fonction nécessaire. Nécessaire, il y a 10 ans. Nécessaire, aujourd’hui. Et pour longtemps.

Jacques FERNIQUE

16 juin 2006

GCO : une Gabegie Compulsive Organisée



Par Andrée BUCHMANN


Nous vivons un moment historique : l’alliance entre les agriculteurs et les écologistes ; entre les habitants de la ville et ceux de la campagne ; entre les élus et la population.

Cette convergence est une force qui saura s’imposer en faveur d’une développement durable du Rhin Supérieur.


Le Grand Contournement Ouest : un projet archaïque.

Le GCO s’inscrit dans la logique de développement qui a été imaginée en 1965, après le traumatisme de la guerre, bien sûr, amis aussi de l’entre-deux guerres. La stratégie de défense de la Ligne Maginot interdisait tout investissement industriel, alors que l’Alsace connaissait une tradition manufacturière depuis le moyen-age.

Autant une industrialisation lourde complétée par des infrastructures de communication nord sud et est- ouest pouvait connaître une certaine justification à l’époque, autant prévoir la réalisation de tels équipements dans le contexte actuel est une hérésie.

Il faut bien sûr continuer une stratégie industrielle , mais elle doit être appuyée sur les nouvelles technologies de communication. La France est en train de prendre du retard au niveau mondial parce que nous n’avons pas su nous saisir des secteurs en pleine expansion. Il s’agit de développer les compétences des travailleurs, mais aussi plus largement de tous les habitants de cette région en les équipant et en mettant en œuvre des politiques de sensibilisation et de formation dans le domaine des multimédias. Cela se pratique à grande échelle dans d’autres pays ( l’Asie, l’Espagne ….) Et dans d’autres régions, comme le Valenciennois. L’Alsace conservatrice reste sur des idées du passé.

Le Grand Contournement Ouest est un projet aberrant dans le contexte actuel :

  • nous devons mettre en place des stratégies de réduction de besoin de transports de marchandises plutôt que de favoriser l’appel des camions ;

  • nous devons permettre aux habitants de cette région, surtout à cause de l’augmentation du prix de l’essence, de se déplacer le plus possible en transport publics. Or on ne peut pas investir dans les routes et dans les transports publics. L’argent n’y suffit pas. Preuve en est que le tram-train est plus ou moins abandonné ;

  • continuer de gaspiller un espace rare et précieux ( l’équivalent du ban communal de Kolbsheim), sans compter tout ce qui va arriver derrière, tout en faisant croire que le CGO va permettre de limiter l’urbanisation vers l’est, est un mensonge honteux ;

  • tout comme il est honteux de prétendre que le CGO règlement l’engorgement de Strasbourg aux heures de pointe. Il s’agit de travailler de manière fine sur le déplacement de quartier à quartier, sur le pendulaire, pour limiter les bouchons strasbourgeois.


Le Grand Contournement Ouest : un projet non financé.

Les caisses de l’Etat sont vides. Qui paiera cette infrastructure ? Avancer la concession est irresponsable. Même si un concessionnaire se déclare, il arrivera le moment où il se retournera vers les collectivités ou l’Etat pour combler les déficits.

La France a officiellement annoncé qu’elle voulait réduire les gaz à effet de serre et diviser par 4 la consommation énergétique. J’ai l’impression que nous nous situons dans un monde de fou, où les dirigeants énoncent une chose et font juste le contraire. Rajouter cette infrastructure, c’est rajouter de la pollution, c’est rajouter du bruit, c’est rajouter du gaspillage de sol, d’énergie. C’est aller à l’encontre d’une politique sociale. C’est continuer de vendre le pays aux affairistes et aux causeurs de mort. Car n’oublions pas que la pollution atmosphérique, c’est des milliers de morts, c’est des cancers, c’est des maladies diverses.


Nous retrouvons le Professeur Pellerin, qui avait prétendu que le nuage de Tchernobyl n’avait pas passé la frontière, au Tribunal. Mis en cause par les malades de la tyroïde. Nous sommes 20 ans après. Néanmoins il est en situation d’accusé pour son irresponsabilité.

L'union sacré lors de la manif anti-GCO
Yann Wehrling, Sécrétaire national des Verts et Eugène Schaeffer, Président de la Chambre d'Agriculture

Le Grand Contournement Ouest : un projet dangereux pour la santé.

Verrons-nous d’ici 20 ans nos édiles locales et nationales devant les tribunaux parce que lien aura été fait entre cancer et routes ?

Car la situation est grave et dépasse le GCO. C’est bien l’ensemble du plan de 1960 qui est déterré et pour notre secteur : la VLIO, le pénétrante est ( une autoroute entre le Rhin et la forêt de la Robertsau, lieu de loisirs et de détente ), la Rocade Sud et le GCO.

Il faudra bien un jour que ceux qui décident de mettre l’Alsace à sac, et sa population en danger, paient pour leur exaction.

Si le terrain militant ne suffit pas, il faudra aller sur celui du Droit pour gaspillage des fonds publics et irresponsabilité sanitaire.

Ensemble nous gagnerons pour un développement durable de l’Alsace, respectueux de sa terre et de l’ensemble de ses habitants.

26 janvier 2006

Camions : l'amendement Bur


Commençons par la lecture du Journal Officiel :
« Art. 285 septies. - A titre expérimental, dans la région Alsace et pour une durée de cinq ans, les véhicules utilitaires dont le poids total en charge est égal ou supérieur à 12 tonnes peuvent être soumis, lorsqu'ils empruntent des routes ou portions de routes d'usage gratuit à proximité d'axes autoroutiers à péage situés ou non sur le territoire français, à une taxe non déductible dont le montant est compris entre 0,001 et 0,015 EUR par tonne et par kilomètre.»
Voilà, c’est donc bien la Loi.
Vous avez bien lu : ça vise tous les camions de plus de 12 t, ça peut concerner n’importe quelle route proche d’une autoroute à péage !
A l’évidence ce fameux amendement Bur est une avancée. Bien sûr, ça arrive bien tard : on peut rappeler l’absence d’anticipation de l’UMP alsacienne face aux conséquences annoncées de la LKW-Maut sur une Alsace grande ouverte aux camions. Bien sûr, l’exercice relève du « pompier pyromane » puisque nos Conseils Généraux et Régional qui applaudissent à cette taxe n’ont de cesse depuis des lustres de transformer l’Alsace en couloir à camions ! Bien sûr, ce « coup parlementaire » s’avèrera probablement bien moins rigoureux dans son application effective (déjà on le dégonfle dans les médias en laissant entendre qu’il ne concernerait que le transit… de là à évoluer vers une conception très laxiste du transit à l’instar des nationales trans-vosgiennes où circulent encore tant de camions censés ne faire que du transport « local » !).
Oui, mais, il faut bien l’admettre : cet amendement qui s’est concocté contre l’avis du gouvernement marque un réel progrès qui tranche sur les vagues projets et autres atermoiements dont la droite nous bassinait depuis les reports de camions d’outre-Rhin.
L’Allemagne a pu, du fait d’un régime dérogatoire lié à la réunification, mettre en place sa taxe, la Suisse peut marquer des points avec sa redevance « RPLP », la France semble elle complètement passive face au lobby routier, engluée qu’elle est dans l’absence de volonté politique et le rythme très prudent de l’Eurovignette (qui en gros reporte après 2012 les choses sérieuses). Alors cet amendement expérimental et géographiquement limité est assurément la seule action prometteuse à contre-courant des politiques publiques qui dominent depuis un bon moment. Les organisations de transporteurs ne s’y sont pas trompées qui ont mobilisé leur front du refus ; le Ministre Perben a a très vite annoncé qu’il n’était pas question d’élargir la mesure à d’autres portions du territoire national !
Les Verts ont donc adopté une posture de soutien public, résolu et exigeant à l’égard de cette possible taxe alsacienne. Ne nous y trompons pas : ce texte est bien d’une certaine façon le produit de l’exaspération des Alsaciens face aux vagues de camions, il est l’expression d’un ras-le-bol du tout-routier qui déstabilise les élus UMP. Dans ces conditions, autant peser de notre poids dans ce sens, pour essayer de faire basculer franchement les politiques, pour réduire encore dans l’opinion le camp des inconditionnels de la route.
Pour finir, après le Journal Officiel, une autre citation, de nos porte-parole cette fois :
« Les Verts Alsace enjoignent les responsables politiques à ne pas se cantonner à une réponse contrainte et ponctuelle, mais à prendre de façon globale et résolue l’initiative en permettant par l’abandon du Grand Contournement Ouest de trouver les moyens politiques et financiers pour engager un vrai programme régional de développement massif des déplacements pendulaires non-routiers, de desserrement net de l’étau automobile sur nos agglomérations et de montée en puissance du ferroutage et du transport combiné. »